Dans Les Echos :une Tribune de Jean-François Serval sur la guerre commerciale
Tribune Opinion |
Commerce international : comment l’Europe peut faire face à Trump
L’Europe ne peut pas se passer du tout-puissant dollar. Face à Donald Trump, il faut préférer la diplomatie à la confrontation, estime Jean-François Serval, président du Groupe Audit Serval & Associés. Malgré les tensions entre les blocs, personne ne peut se passer du rôle du billet vert qui assure plus de 80 % des échanges internationaux, souligne l’auteur dans une tribune au quotidien Les Echos, en date du 31 janvier 2025.
Les Etats-Unis peuvent-ils jouer unilatéralement du rapport de force dont Donald Trump menace les partenaires de l’économie américaine ? Autrement dit, l’Amérique dispose-t-elle encore d’une puissance qui lui permet de rester maîtresse du jeu, alors que son nouveau président n’hésite plus à exprimer ses convoitises territoriales sur des pays amis ? Les slogans ne suffisent pas pour refaire des Etats-Unis une grande puissance industrielle. Ces derniers ont-ils intérêt à une radicalisation des positions des principaux acteurs des échanges internationaux, alors que le système économique global leur permet de régner sur l’économie mondiale, quoi qu’il en coûte ? Un système où la puissance du dollar impose aux partenaires de l’économie américaine le financement de ses déficits abyssaux. Cette mécanique suppose une domination incontestable pour maintenir un rapport de force avantageux, avec son billet vert et la puissance des armes, et la domination de ses règles juridiques et de ses normes financières. Une suprématie qui repose aujourd’hui sur une dette de plus de 30.000 milliards de dollars !
Jouer sur les parités monétaires
Dans un monde global, créanciers et débiteurs sont solidaires du même système. Aucun des acteurs ne souhaite être celui qui ébranle l’édifice des échanges, construit sur la capacité d’émission dont dispose le Trésor américain. Malgré les tensions entre les blocs, personne ne peut se passer du rôle du billet vert qui assure plus de 80 % des échanges internationaux. La peur du saut dans l’inconnu garantit la pérennité d’un édifice déséquilibré mais profitable à de nombreux acteurs, grâce à la dynamique des échanges dans une économie ouverte. En dépit des propos menaçants de Donald Trump, cette réalité pousse plus à une démarche de négociation qu’à un conflit commercial, aux risques incalculables pour l’ensemble des parties. Dans cette logique de compromis, la solution la plus évidente s’impose pour obtenir un rééquilibrage des échanges. Elle consiste à jouer sur les parités de change, selon la pratique classique des réajustements monétaires ; et comme l’envisageaient déjà les accords de Bretton Woods. La sagesse est de permettre aux banques centrales d’évaluer au mieux l’ajustement des parités pour maintenir la liquidité des marchés et réguler le volume des échanges. Cette nouvelle donne monétaire, fondée sur la crainte du risque de conflit, n’est envisageable que dans le cadre d’une entente entre les nations qui détermine la structure des échanges de l’économie mondiale. Ce consensus passe par la tenue d’une conférence qui engagerait la première étape d’une réforme du système monétaire international. Elle redéfinirait un nouvel équilibre des parités, au regard de la réalité des échanges et, à plus long terme, viserait à reprendre le contrôle d’une création monétaire « virtuelle » qui alimente la dérive de l’endettement sans contrepartie de création de richesses.
Compromis raisonnable
Cette reconfiguration des parités concernerait d’abord les échanges en produits manufacturés entre les Etats-Unis et la Chine, mais aussi la zone euro et l’empire du Milieu. Quant à la parité entre le dollar et l’euro, mérite-t-elle vraiment une guerre ? L’intégration des économies américaines et européennes est une réalité vivante où l’interaction des entreprises de chaque côté de l’Atlantique s’appuie aussi sur un sentiment de culture partagée. Toute action conflictuelle unilatérale est une menace créatrice d’incertitudes pour les partenaires occidentaux.
La sagesse est de permettre aux banques centrales d’évaluer au mieux l’ajustement des parités pour maintenir la liquidité des marchés et réguler le volume des échanges. Une politique monétaire réorientée vers la production par le rétablissement de taux d’intérêt favorables à la rentabilité de l’investissement et qui doit permettre aux deux parties de répondre à un même défi ; la réhabilitation de leur outil industriel comme enjeu de leur place dans un nouvel ordre mondial en construction. Encore faut-il que l’Europe soit prête à défendre une position de compromis raisonnable face à la volonté de Donald Trump d’imposer un retour sans partage de la suprématie américaine.